Sans stéréotypes

La vie affective et amoureuse

L’éducation à la vie affective et amoureuse des enfants

En tant qu’adulte, il nous arrive d’associer spontanément la vie affective et amoureuse des jeunes au « grand amour » ou encore aux relations sexuelles. Cette tendance peut nous amener à négliger de parler de relations saines et égalitaires avec les enfants en pensant qu’il est trop tôt, ou encore à aborder le sujet uniquement sous l’angle de la sexualité avec les adolescents et les adolescentes.

Les expériences affectives et amoureuses des enfants peuvent être teintées d’inégalités en fonction des sexes. Le rôle des parents est primordial dans le développement de relations saines et égalitaires, et plusieurs gestes peuvent être posés pour les favoriser :

  • Amener l’enfant à comprendre comment certaines attitudes et certains comportements influencent positivement ou négativement les relations interpersonnelles;
  • Encourager la prosocialité, l’empathie et l’entraide;
  • Aider l’enfant à reconnaître divers sentiments pouvant être éprouvés dans les relations interpersonnelles, et l’encourager à exprimer dans ses mots ce qu’il ressent aux personnes qu’il aime;
  • Promouvoir l’acceptation des différences, l’affirmation de soi et les rapports égalitaires;
  • Prendre conscience de ce qui favorise l’établissement et le maintien de relations affectives et amoureuses significatives;
  • Situer l’importance de gérer sainement les conflits dans une relation amoureuse;
  • Offrir un modèle de relation égalitaire en tant que couple, s’il y a lieu.

Selon un sondage mené auprès de 540 parents, 87 % se disent préoccupés par le fait que leur enfant vive des relations interpersonnelles saines et égalitaires (source : SOM, 2017).

Chez les 5 à 11 ans

Dès le primaire, les enfants peuvent expérimenter certains comportements intimes : se tenir la main, se tenir proche de l’autre ou éprouver des sentiments plus forts pour un ou une amie. Ces émotions suscitent chez eux des questions, même s’ils n’en parlent pas explicitement.

On doit veiller à ne pas projeter sur les enfants des attentes qui ne leur appartiennent pas. On évitera par exemple de poser des questions telles que: « Est-ce que c’est ton amoureux ou ton amoureuse? ». Mieux vaut laisser les jeunes apprécier par eux-mêmes les différents degrés d’intensité de leur affection, sans y accoler un statut social bien défini ou leur imposer une « pression sociale » voulant qu’il soit important, déjà à leur âge, d’être en « couple amoureux ». Comme c’est durant l’enfance que s’expérimente la capacité de séduire Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre., il est essentiel de commencer à parler de consentement en utilisant des mots simples et adaptés à l’âge de l’enfant.

L’apparition des doubles standards dans les premières relations amoureuses

À propos d’un garçon qui dit avoir une blonde ou qui semble être « populaire » auprès de plusieurs jeunes filles, vous avez probablement déjà entendu la remarque « Tu es un vrai charmeur! ».

Une fille qui dit avoir un chum est plus susceptible d’entendre des commentaires la mettant en garde contre les garçons ou contre elle-même : on lui dira par exemple que « les garçons contrôlent moins bien leurs pulsions » ou de faire attention à ne pas se mettre à risque d’une agression sexuelle. On lui rappellera aussi les risques d’une grossesse ou des ITSS.

Ces réactions spontanées relaient des messages aux enfants. Autrement dit, la relation amoureuse est valorisée pour les garçons et synonyme de « danger » pour les filles. En voulant bien faire, il est possible que par leur attitude des adultes renforcent l’image de la femme « vulnérable » et de l’homme « prédateur ». Rien pour favoriser les relations saines et égalitaires!

En formulant des avertissements comme « ne t’habille pas trop sexy et ne bois pas trop pour ne pas te faire agresser », on peut involontairement véhiculer l’idée que la personne qui est victime d’une agression a une part de responsabilité. Il faut axer les messages sur l’importance du consentement et sur le fait que rien ne justifie une agression.

L’accès à des réalités qui compromettent le sain développement psychosexuel des enfants : quels modèles leur sont présentés?

De nos jours, en « un seul clic », les enfants peuvent avoir accès à divers contenus à caractère sexuel qui ne respectent pas nécessairement leur niveau de développement psychosexuel.

Plusieurs banalisent l’accès qu’ont les jeunes à ces contenus en prétextant qu’« il faut être de son temps » et que « les jeunes d’aujourd’hui en savent beaucoup plus que ceux d’autrefois et que c’est tant mieux! ». Or, même si les enfants ont davantage accès à des contenus sexuels par le biais des TIC, cela ne fait pas d’eux des personnes aptes à composer avec ces réalités. Malgré l’évolution rapide des TIC et des réalités sociosexuelles qui en découlent, le développement psychosexuel des enfants, lui, est demeuré le même. Il revient donc aux adultes de s’assurer que les étapes de ce développement soient respectées.

En savoir plus

Chez les 12-18 ans

Les premières relations amoureuses se vivent habituellement entre 12 et 16 ans. Comme elles peuvent être d’une forte intensité, il importe de se montrer sensible à ce que ressentent les jeunes et d’être conscient de l’importance que ces relations ont dans leur vie. Cette période est aussi l’occasion de les amener à se questionner sur les modèles de relations amoureuses qui leur sont proposés.

Est-il vrai que les jeunes ont des relations sexuelles de plus en plus tôt?

Selon l’INSPQ Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre., un jeune sur vingt (6 %) a eu une première relation sexuelle avant l’âge de 14 ans : « cet âge peut être considéré précoce et être associé à une plus grande vulnérabilité à l’égard du risque de contracter une ITS ou de vivre une grossesse non planifiée. » À l’âge de 17 ans, 50 % des filles et 40 % des garçons ont déjà eu une première relation sexuelle. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces proportions se maintiennent depuis 1980, et « les jeunes ne seraient donc pas plus précoces que les générations qui les ont précédés »!

Les relations affectives et amoureuses à l’ère des nouvelles technologies

Malgré le poids médiatique des réalités liées aux relations et aux technologies de l’information et de communication, les relations des préadolescents et des adolescents ont surtout lieu hors ligne Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.. Il n’en reste pas moins que ce qui se passe en ligne affecte bel et bien la vie des jeunes et la vie scolaire, ce qui rend incontournable le fait de s’y intéresser.

Ainsi, plusieurs réalités plus ou moins récentes font de plus en plus la manchette. Le sextage (sexting), la cyberintimidation, la sextorsion et l’accès à des sites de rencontres et de cyberpornographie se sont « invités » dans le paysage de la sexualité adolescente et de son développement.

  • Le sextage est le fait de créer et de transmettre ou de partager avec d’autres personnes, par l’entremise des TIC, des photos ou des vidéos à caractère sexuel. Du point de vue légal, le sextageest considéré comme de la pornographie juvénile lorsqu’une personne mineure est impliquée. On parle aussi parfois d’autoexploitation juvénile.
  • La sextorsion est le fait de formuler des demandes (financières ou autres) basées sur la menace de diffuser des images intimes de la personne visée.

Doubles standards et stéréotypes dans l’envoi de « sextos »

Des chercheurs Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre. ont observé que les garçons décrivent les filles qui envoient des sextos comme étant des « traînées » ou en « manque d’assurance », alors qu’ils perçoivent celles qui n’en envoient pas comme étant « prudes » ou « snobs ».

Le sextage positionne les filles dans une situation « perdantes-perdantes » où, peu importe qu’elles s’y adonnent ou non, elles seront jugées plus durement que les garçons – et donc victimes de sexisme.

Comment intervenir d’une manière positive?

D’abord, s’il est vrai que ne pas envoyer de sextos limite les risques, il ne faut pas seulement axer nos messages de prévention sur la recommandation « n’envoie pas de photo de toi », mais aussi lancer le message : « ne harcèle pas! ». On doit amener les jeunes à comprendre la gravité du geste que constitue le partage de l’image intime d’une autre personne sans son accord.

Enfin, plutôt que de leur faire porter le blâme d’un phénomène d’ordre social, il est plus avantageux de prendre le temps de questionner les jeunes sur leurs perceptions du phénomène de l’hypersexualisation et de susciter leur réflexion critique sur celui-ci. On peut aussi intervenir sur les facteurs de risque et de protection tels que l’estime de soi, l’affirmation de soi, l’image corporelle, la violence dans les relations amoureuses, etc.

Il n’est pas toujours facile de dire non. Souvent, les jeunes finissent par envoyer une image intime après avoir reçu de nombreuses demandes de la part de quelqu’un.

Des campagnes mettent en avant l’idée qu’il faut outiller le jeune pour qu’il soit  capable de dire non plus facilement (par exemple : si on te demande une photo de toi, envoie plutôt une réponse humoristique, une image de remplacement Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre., etc.).

Conseils pratiques

Pour les 5-12 ans

  • Ne présumez pas qu’une amitié entre fille et garçon est nécessairement une relation amoureuse.
  • Si votre enfant vous dit qu’il a un amoureux ou une amoureuse, demandez-lui ce que cela signifie pour lui ou elle, plutôt que de projeter votre vision de ce que cela implique. Prêtez attention à cette relation, mais pas nécessairement davantage qu’à ses relations d’amitié, qui sont très importantes à cet âge. Rappelez-vous que des commentaires du genre : «Tu es trop jeune pour être amoureuse ou amoureux ! » freineront de belles possibilités de discussion sur le sujet avec l’enfant.
  • N’obligez pas votre enfant à faire des câlins ou des bisous s’il ou elle ne le souhaite pas. Cela lui apprend qu’il a le droit de dire non et qu’il faut faire la différence entre ce que les autres attendent de lui et ce dont il a envie.
  • Insistez sur l’importance de toujours se sentir à l’aise dans une relation, et d’être capable d’exprimer ses limites. Dites-lui que vous êtes là pour en parler si jamais quelqu’un dépasse ses limites ou qu’il ne se sent pas bien dans une situation.
  • Soyez à l’affût de l’utilisation que fait votre enfant d’Internet ou des technologies de communication. Testez les applications avant de laisser votre enfant les utiliser et regardez bien les options offertes. Vous serez ainsi à même d’évaluer si cela convient à l’âge de votre enfant.
  • Ne banalisez pas un problème d’intimidation vécu en ligne; ne dites pas à votre enfant d’ignorer la situation et ne présumez pas qu’il est assez grand pour régler cela seul.

Pour les 12-17 ans

  • Parlez de vie affective, amoureuse et sexuelle en respectant vos propres limites. Vous n’êtes pas obligé d’avoir réponse à toutes les questions. Si vous n’êtes pas à l’aise d’aborder certains sujets, n’hésitez pas à demander l’aide d’intervenantes ou d’intervenants de l’école ou d’organismes communautaires.
  • Si vous voulez questionner votre enfant sur sa vie amoureuse, évitez les questions qui font présumer qu’il est nécessairement hétérosexuel – par exemple, en demandant à un garçon s’il a une amoureuse. Privilégiez les questions neutres telles que : « As-tu une personne spéciale dans ta vie? Es-tu amoureux/amoureuse? Es-tu en couple? »
  • Ne banalisez pas les insultes ou les violences subies par le biais des réseaux sociaux ou par texto : leur effet est bien réel.
  • Rappelez aux jeunes que ce n’est pas parce qu’un comportement sexuel existe qu’il est nécessaire ou obligatoire.
  • Ne tombez pas dans le piège de vouloir à tout prix parler des « vraies affaires », des « nouvelles réalités ». Ne présumez pas que les jeunes ont tout vu et qu’ils savent tout maintenant, sans tenir compte de leur âge et de leur niveau de développement psychosexuel.
  • N’ayez pas peur d’être « moralisateur » et n’hésitez pas à aborder ces questions avec votre enfant : c’est votre rôle de vous assurer du sain développement de votre enfant en lui offrant des repères et des limites en ce qui concerne sa vie affective, amoureuse et sexuelle… au risque de lui déplaire pour un certain temps.
  • Discutez avec votre enfant de l’importance de se sentir à l’aise dans une relation.
  • Aidez votre enfant à reconnaître les situations de contrôle ou de dépendance affective. Si vous pensez que la sécurité d’une personne est compromise, intervenez immédiatement ou appelez le 911.
  • Évitez de légitimer et d’excuser la jalousie ou le contrôle en les interprétant comme une preuve d’amour. Si vous sentez que votre enfant vit une telle situation, amenez-le à constater qu’elle n’a rien de normal ou d’acceptable.
  • Abordez la question du consentement dans les deux sens :
    • Importance de respecter ses limites et de dire non;
    • Importance de porter attention aux signaux verbaux ou non verbaux de son partenaire pour s’assurer qu’il ou elle est à l’aise avec tous les gestes posés – même une fois qu’une relation sexuelle est entamée.
  • Rappelez aux jeunes qu’embrasser ou caresser quelqu’un ne signifie pas que l’on consent à d’autres activités à caractère sexuel.
  • Si votre enfant vous confie qu’il ou elle a été victime d’une agression, soyez à l’écoute et ne laissez pas entendre qu’il en est responsable d’une quelconque manière : on ne se fait pas agresser parce qu’on a trop bu, parce qu’on a manqué de prudence ou parce qu’on a porté un certain type de vêtement. Rappelez à votre enfant que l’agression est toujours la faute de l’agresseur et allez chercher de l’aide.
  • Ressources - agression sexuelle :
  • Ressources - violence conjugale :