L'égalité à l'oeuvre.

Muerte de la verdadera belleza (Mort de la vraie beauté)
de Philippe Allard

Ma fille a reçu sa première trousse de maquillage pour Noël. Elle a six ans. Elle a déjà trois poupées Barbie et collectionne les contes où figurent des princesses parfaites qui attendent de se faire sauver par un chevalier. Dès ce jeune âge, les fillettes se font inculquer l'idée que paraître les mènera à l'épanouissement, que la séduction est une arme qu'elles doivent commencer à aiguiser. Elles connaissent les talons hauts, le rouge à lèvres et le mascara. Ce passage inévitable pour une fille au royaume de la beauté et de la futilité est un peu insaisissable pour les garçons, mais il les affecte tout autant. Avec le culte du corps parfait et le bombardement d'images de ces femmes nymphettes et pulpeuses de toute part, les hommes ont de plus en plus de mal à apprécier la vraie beauté des femmes.

Je me suis inspiré d'une vieille photo de voyage illustrant le Jour des morts au Mexique. Avec cette ancienne tradition, les Mexicains tentent d'apprivoiser la mort et d'aider les défunts à accéder à leur nouvel état métaphysique. Lors des festivités, les participants sont souvent maquillés d'une tête de squelette. Mon sujet porte une grande robe mexicaine typique de cette fête. Ces costumes traditionnels féminins sont souvent ornés de fleurs. Ici les fleurs ont été remplacées par des icônes de beauté et de désir qui viennent, en quelque sorte, hanter cette dame. Avec sa mine triste, on dirait qu'elle s'est résiliée à une mort certaine. Elle est habillée du fardeau de tous ces sourires et tous ces yeux de mannequins qui devraient pourtant représenter le bonheur. Cette tête de mort représente également une perte de l'identité personnelle que plusieurs femmes vivent, au profit de la recherche de l'idéal.

Nous sommes tous, hommes et femmes, à un certain degré, obsédés par les critères de beauté physique véhiculés par les médias. Les femmes reçoivent tant de signes renforçant l'idée qu'elles peuvent uniquement se démarquer par les vertus de leur beauté extérieure. Les magazines s'adressant aux femmes à fort dosage publicitaire regorgent particulièrement de ces images de séduction, de lèvres pulpeuses et de corps filiformes, des normes que peu de femmes peuvent atteindre en mettant trop souvent leur santé et leur bonheur en péril. Un fléau qui mène aussi à la mort avec tant d'histoires d'anorexie.

Le dessin est composé de transferts d'images photocopiées et de cosmétiques (rouge à lèvres, fard à joue, fond de teint et mascara) sur lauan.

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Date de mise à jour : 11 juillet 2013

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