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Sans stéréotypes

Le partage des tâches et des responsabilités familiales

En tant que parent, vous jouez un rôle capital dans l'éducation de votre enfant. Vous êtes la personne qui l'accompagnera tout au long de sa vie, en plus d'être un modèle important pour elle ou lui. Que vous fassiez partie d'une famille traditionnelle, monoparentale, en garde partagée ou homoparentale, vous avez le pouvoir d'influencer de manière positive l'avenir de votre enfant en faisant la promotion de modèles et de comportements plus égalitaires.

Une éducation divisée

De nos jours, il est faux de croire que les parents éduquent les garçons et les filles de façon similaire et égalitaire. Les stéréotypes sexuels véhiculés dans notre société imposent, tant aux filles et aux femmes qu'aux garçons et aux hommes, des responsabilités familiales et des rôles sociaux particuliers.

Toutefois, les rôles attribués socialement aux sexes féminin et masculin n'ont rien à voir avec les capacités d'une personne ou ses dispositions naturelles. En d'autres mots, une personne n'a pas, à la naissance, une prédisposition biologique expliquant qu'elle doit combler un rôle social x si elle est une femme et un rôle y si elle est de sexe masculin. Ces rôles sociaux sont donc appris, entre autres, à travers l'éducation familiale.

Des responsabilités familiales et des rôles sociaux stéréotypés

Nous allouons encore trop souvent aux femmes la responsabilité de prendre soin des autres, typiquement associée au rôle de mère. Les femmes se voient également attribuer les tâches liées à l'entretien ménager : cuisiner, lessiver, éduquer les enfants, les soigner, etc. Tous ces rôles et responsabilités s'exercent dans la vie privée, à la maison.

Le rôle social des hommes est principalement celui du professionnel pourvoyeur, c'est-à-dire celui qui gagne de l'argent pour la famille. Les rôles sociaux accordés aux hommes se jouent surtout dans la sphère publique, à l'extérieur de la maison. Les rôles de pouvoir, notamment en politique et en gestion, sont surtout accolés aux hommes.

Les parents partagent peu le congé parental et le travail domestique : 1 père sur 4 se prévaut d'une partie du congé parental partageable.
- Conseil du statut de la femme

Des stéréotypes tenaces renforcent ces rôles de « mère ménagère » et de « père pourvoyeur ». En tant que parent, il est possible que vous transmettiez – consciemment ou non – ces stéréotypes ou d'autres à votre enfant à travers vos paroles et vos comportements.

Malgré leurs activités à l'extérieur du foyer familial, les femmes demeurent, encore aujourd'hui, les grandes organisatrices et responsables des tâches familiales, dont les soins aux enfants. On compte souvent sur elles pour magasiner les vêtements des enfants, faire le lavage, aller chez le médecin et le dentiste, inscrire les enfants à la garderie scolaire et au camp de vacances, etc.

Temps consacré aux activités professionnelles et domestiques par les hommes et les femmes en 2010 au Québec (heures/jour)
 Activités professionnellesActivités domestiques
Hommes 4,7 2,5
Femmes 3,8 3,7

Source : Institut de la statistique du Québec. 2013. Coup d'œil sur l'emploi du temps au Québec de 1986 à 2010.

On remarque que les responsabilités familiales souvent affectées aux femmes sont récurrentes, se répétant chaque jour, comme donner les bains ou soutenir la période des devoirs. Celles réparties aux hommes, au contraire, sont réalisées de temps à autre, par exemple s'occuper des réparations de la maison ou passer la tondeuse.

Même lorsque les responsabilités familiales sont partagées, la gestion mentale de celles-ci revient trop souvent aux femmes : elles sont responsables de planifier quand et comment l'ensemble des tâches sera effectué.

Comme parent, il est important de réfléchir à ce que vous voulez léguer à votre enfant. Que souhaitez-vous pour votre enfant en ce qui touche le partage des responsabilités familiales et des rôles sociaux? Les enfants reproduisent les rôles sociaux et les modèles de répartition des responsabilités domestiques qu'elles et ils observent dans leur environnement. Elles et ils sont aussi conscients de ce que leurs parents font, de ce qui se passe autour d'elles et eux. Les enfants apprennent de cette façon comment les choses fonctionnent socialement.

La socialisation

C'est par la socialisation que votre enfant s'immerge dans la culture de son milieu, assimile le savoir, les normes et les valeurs qui lui permettent de vivre en société et de construire son identité sociale. Cette socialisation est rarement neutre, mais plutôt empreinte de stéréotypes sexuels : c'est alors que nous parlons de socialisation différenciée.

La socialisation est un processus par lequel une personne apprend les manières de faire, d'agir, de penser et de dire de sa société.
- Francine Descarries, professeure, Institut de recherches et d'études féministes, UQAM;
directrice scientifique, Réseau québécois en études féministes.

Une socialisation différenciée, qu'elle soit le fait de parents, du personnel des services de garde éducatifs à l'enfance ou de celui des écoles, impose à un sexe ou à l'autre certaines responsabilités et certains rôles, comme si le sexe était associé à une compétence. Par exemple, une fille peut sentir, plus qu'un garçon, que la responsabilité de veiller sur un enfant plus jeune lui échoit davantage, même si aucune directive n'a été donnée par les parents à cet effet.

Les parents définissent beaucoup leur enfant par son sexe. Dès la naissance, ils s'attendent, consciemment ou non, à des comportements spécifiques selon le genre du bébé, ce qui oriente d'ailleurs leurs propres réactions.

En tant que parent, il est primordial de vous arrêter et de réfléchir à ce que vous exigez intentionnellement ou non de votre enfant, et si vous établissez une distinction entre ce qu'une fille devrait faire comparativement à un garçon.

Selon une recherche québécoise, il semblerait que ce sont les parents et les adultes qui achètent aux enfants des jouets selon les stéréotypes associés à leur sexe. Ce ne sont donc pas les enfants qui choisissent naturellement ces jouets, mais plutôt les adultes qui les guident inconsciemment vers des choix stéréotypés.
- Conseil du statut de la femme. 2010. Entre le rose et le bleu.

En plus de l'influence des médias, des pairs et des lieux de socialisation, les jeux et les activités que vous proposez à votre enfant sont souvent différents pour les filles et les garçons. Ces éléments de socialisation encouragent ainsi la transmission, du parent à l'enfant, des dissemblances socialement construites entre les sexes. Par ces choix, nous dirigeons les filles, sans même le vouloir, vers les tâches ménagères, le rangement, les soins aux enfants, et les garçons vers l'exploration, le travail et l'utilisation de l'espace.

Vous avez le pouvoir d'agir sur les perceptions et les choix de votre enfant quant au partage des responsabilités familiales et aux rôles qu'elle ou il peut jouer dans la société.

Des différences construites de toutes pièces

Les parents qui ont plus d'un enfant croient souvent que la démarcation entre les comportements féminins et masculins est biologique, c'est-à-dire innée plutôt que socialement structurée. Ils sont généralement convaincus d'avoir éduqué leurs enfants de sexe opposé de la même façon. Pourtant, les attitudes, les prédispositions et les comportements stéréotypés ont fondamentalement été construits.

Saviez-vous que?

L'identité de genre, c'est le sentiment profond et intérieur d'être un homme ou une femme. Ce sentiment n'est pas directement lié aux intérêts pour les jeux, les vêtements et les modèles qui sont typiquement associés à son sexe.

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En ce qui a trait aux divergences entre les sexes, de nombreux scientifiques s'entendent pour dire que seuls les résultats obtenus aux tests de perception spatiale (mieux réussis chez les hommes) et à ceux du langage (mieux réussis chez les femmes) peuvent être considérés. Aucune autre dissemblance liée à la compétence ne peut être associée biologiquement à un sexe.

Ce résultat est d'ailleurs discutable. En effet, des expériences proposant aux filles des jeux vidéo et des jeux de construction, et aux garçons des jeux de rôles et des poupées, l'ont contredit. Lors de ces expériences, il a été observé qu'en choisissant ces nouvelles activités, les filles et les garçons acquéraient d'autres compétences, généralement reliées au sexe opposé.

Les différences sociales entre filles et garçons, et entre hommes et femmes, ne seraient donc pas liées au sexe, mais plutôt à une éducation distincte. Pendant que les garçons jouent davantage aux jeux vidéo, aux cubes et à des jeux de construction, les filles, elles, participent plus souvent à des jeux de rôles et s'amusent avec une poupée. Les enfants font ces choix parce que la société les y encourage, même si l'on peut avoir une fausse impression qu'elles et ils le font de manière consciente et éclairée.

La division sexuelle des responsabilités familiales et des rôles sociaux n'a donc rien de biologique ou d'inné : elle est socialement construite. Pourtant, certains parents craignent de laisser leur enfant avoir des jouets ou des activités typiquement liées au sexe opposé par peur d'influencer le développement de leur enfant. Toutefois, la recherche démontre qu'une éducation sans stéréotypes ne nuira pas à l'enfant.

Comme parent, il est essentiel de guider autant que possible votre enfant vers une vision neutre des responsabilités familiales et des rôles sociaux, ce qui lui permettra de s'accomplir dans tous ses champs d'intérêt et de se munir d'une large variété de compétences qui lui seront grandement utiles dans le futur.

De lourdes conséquences

La division sexuelle des responsabilités familiales et des rôles sociaux a son lot de conséquences, surtout en ce qui regarde l'égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes continuent de s'investir davantage à la maison, elles travaillent un nombre d'heures rémunérées inférieures à celui des hommes, elles ont une rémunération souvent moins élevée qu'eux. Elles sont donc plus pauvres.

Une importante charge mentale, à cause des multiples responsabilités, est ressentie par les femmes. Elles ont souvent l'impression de se retrouver avec une double journée de travail. Le message alors transmis aux enfants, c'est que les soins sont donnés par la femme et que l'homme est pourvoyeur. Ces rôles se perpétuent encore aujourd'hui et constituent un obstacle à l'égalité des sexes.

Saviez-vous que?

À l'adolescence, les choix professionnels des filles et des garçons sont encore trop souvent divisés en fonction de leur sexe.

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Heureusement, les modèles féminins de directrice générale, de cheffe d'entreprise, de membre d'un conseil d'administration, de conseillère municipale ou de députée à l'Assemblée nationale sont plus nombreux qu'auparavant.

De même, les modèles masculins de pères présents et engagés dans l'éducation de leur enfant, partageant les responsabilités équitablement, qui travaillent en éducation à la petite enfance, à l'école primaire ou en soins infirmiers doivent être plus fréquents.

Il est important que ces modèles de femmes et d'hommes rayonnent dans notre société pour que les filles et les garçons se sentent inspirés et empruntent leurs voies. Présenter une multitude de modèles aux enfants leur permettra de réaliser que tout est possible et de faire des choix basés sur leurs intérêts réels et non en fonction d'un sentiment d'obligation sociale.

Des raisons de se réjouir

Certains rôles sociaux sont transmis de génération en génération, par la socialisation, mais depuis quelques dizaines d'années, plusieurs personnes les remettent en question. De plus en plus de femmes occupent un emploi et refusent d'être seules à voir aux besoins de la famille. Des hommes ont également réfléchi à leur rôle, notamment en étant plus présents auprès de leur famille.

Au Québec, les deux parents ont un emploi dans 71,1 % des familles biparentales avec enfants de moins de 6 ans.
- Le Québec chiffres en main 2014.

Il faut se réjouir de l'existence depuis 2006 du congé parental. Les hommes coopèrent davantage à la vie de la famille et plus tôt qu'auparavant dans l'existence de leur enfant. Les femmes peuvent ainsi, si elles le désirent, investir plus de temps dans un emploi à l'extérieur de la maison.

  • En 2013, un père sur trois a pris des semaines de prestations parentales en plus des semaines de paternité;
  • En 2014, le taux de présence des pères québécois est de 78 %;
  • En 2014, 73,6 % des conjoints affirment avoir pris autant soin de leur nouveau-né que la mère pendant la période de prestations du RQAP. Cette tendance se maintient une fois les prestations terminées.

Si, au Québec, le partage des responsabilités familiales se porte mieux qu'ailleurs dans le monde, c'est essentiellement pour deux raisons : 1) les femmes sont plus présentes sur le marché du travail; 2) les pères sont davantage sollicités dans l'éducation de leurs enfants.

La division sexuelle du travail ne s'arrête pas au partage des responsabilités familiales. Il est indispensable comme parent que vous corrigiez, auprès de votre enfant, l'impression qu'il existe des responsabilités et des rôles qui appartiennent aux femmes et d'autres aux hommes (faire le ménage, préparer les repas, prendre soin des enfants, entretenir l'extérieur de la maison, etc.)

L'éducation des enfants ne se résume pas à ce que vous leur dites, mais davantage à ce que vous faites avec et devant elles et eux. Le modèle que vous offrez à votre enfant, notamment en regard des responsabilités familiales, a beaucoup d'influence sur la manière dont elle ou il perçoit les rôles sociaux des femmes et des hommes. Voici quelques conseils pratiques pour vous aider à contrer les stéréotypes et à donner le bon exemple à votre enfant.

  • Partagez les responsabilités pour que chacun des membres du couple ou de la famille
    • occupe un certain espace - Chaque personne de la famille doit avoir sa place et partager les responsabilités;
    • fait confiance aux autres - Pour être en mesure de partager les responsabilités, il faut que toutes et tous aient confiance que les tâches seront bel et bien effectuées;
    • assume les responsabilités qui lui sont assignées selon ses propres méthodes
  • Chaque personne de la famille doit respecter la façon dont les     autres accomplissent leurs tâches, même si cela ne correspond pas à     la manière exacte dont elle l'aurait fait;
  • Diversifiez le partage des tâches à la maison afin d'avoir des responsabilités non stéréotypées (entre parents, mais avec les enfants également);
  • Invitez votre enfant à vivre des expériences variées : faire la cuisine, réparer de petites choses dans la maison, entretenir et embellir le terrain, garder une plus jeune sœur ou un plus jeune frère, etc.;
  • Soutenez et encouragez les aspirations scolaires, professionnelles et sociales de votre enfant afin qu'elle et il puisse, dans ses perceptions comme dans la réalité, être convaincu que tout lui est permis et possible;
  • Réagissez verbalement à des situations d'inégalité et discutez-en avec votre enfant pour déconstruire les stéréotypes et faire évoluer ses perceptions vers des valeurs plus égalitaires.

Date de mise à jour : 06 juillet 2017

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