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Sans stéréotypes

La sexualisation de l'espace public

La sexualisation de l'espace public, c'est accorder un caractère sexuel à un produit ou à un comportement qui n'a rien de sexuel en soi afin de stimuler la demande, de vendre un produit ou de communiquer un message. Souvent sans même que nous nous en apercevions, ce type de sexualisation a des répercussions sur nos comportements et sur ceux des enfants. En faisant office de tribune pour les représentations stéréotypées de femmes et d'hommes, la sexualisation de l'espace public consolide notre adhésion aux stéréotypes sexuels.

Effets du phénomène pour la petite enfance

L'espace public fait référence à tout ce qui est extérieur à la maison, à tout ce qui ne relève pas du privé. Il s'agit donc en grande partie de tous les médias  auxquels nous avons accès (télévision, cinéma, magazines, panneaux publicitaires, médias sociaux, etc.). Cet espace public représente un agent de socialisation important pour les enfants.

Les agents périphériques de socialisation (les vêtements, les jouets, [...] la publicité, les médias) jouent aussi un rôle important dans le renforcement des rôles de sexe.
- Véronique Ducret et Véronique Le Roy. (2012). La poupée de Timothée et le camion de Lison, Guide d'observation des comportements des professionnel-le-s de la petite enfance envers les filles et les garçons, Suisse, Centre suisse de compétence pour les droits humains

Or, l'espace public est de plus en plus sexualisé et les modèles de femmes et d'hommes qui y sont illustrés sont majoritairement stéréotypés. Étant en pleine construction de leur identité, les enfants sont particulièrement vulnérables à ce fait. L'exposition constante à des représentations stéréotypées les amène à assimiler des perceptions erronées de ce à quoi devraient ressembler les femmes et les hommes physiquement et de ce qu'elles et ils devraient avoir comme comportements.

Par conséquent, plusieurs enfants adoptent très tôt des conduites sexuées stéréotypées. En complément de ce qu'elles et ils observent dans leur entourage, c'est à partir de ce que les enfants voient dans l'espace public que leur adhésion aux stéréotypes sexuels se solidifie. L'éducation reçue dans la famille et au service de garde éducatif joue donc un rôle de premier plan dans la cassure entre ce qui est présenté dans l'espace public et l'intériorisation de ces observations chez les enfants. C'est effectivement en conduisant les enfants à critiquer les modèles stéréotypés que nous les aidons à ne pas intégrer les stéréotypes sexuels.

Pour démontrer l'influence des médias sur les enfants, des recherches ont indiqué des effets notables sur les comportements, les attitudes et les croyances des enfants. Par exemple, dans une étude, on a présenté à une dizaine d'enfants âgés en moyenne de 5 ans des images d'enfants minces ou de forte corpulence. Les enfants ont dû qualifier ces personnes et indiquer avec lesquelles elles et ils préféreraient être amis. Aux personnes minces, plus de qualités étaient attribuées et plus de défauts à celles ayant un surpoids. Ces dernières étaient également moins souvent choisies comme amies.

Puisque les enfants apprennent du monde des adultes, ceux-ci sont particulièrement vulnérables face aux compagnies de marketing qui les visent spécifiquement. Or les modèles et les produits qu'on leur propose sont très sexualisés, tels poupées, vêtements, jeux, dessins animés et télé-réalités diffusées aux heures de grande écoute.
- Lucie Poirier et Joane Garon. (2009). Hypersexualisation?, Guide pratique d'information et d'action, Rimouski, Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Rimouski, p. 13.

Comme il est impossible d'empêcher les enfants d'accéder à l'espace public, comment pouvons-nous réduire les effets de ce phénomène sur leur croissance personnelle?

Pour commencer, il est essentiel de réfléchir sur ses propres comportements vis-à-vis des stéréotypes sexuels. Même si elles se manifestent souvent inconsciemment, les conduites associées aux stéréotypes sexuels sont présentes dans l'ensemble de la population. Dire à une enfant qu'elle est beaucoup trop brusque pour une petite fille en est un exemple. En ayant ce genre de comportement auprès des enfants, nous confirmons que certaines manières d'agir sont associées aux filles et d'autres aux garçons.

L'adhésion aux stéréotypes sexuels a donc des conséquences sur la façon dont nous agissons avec les enfants. Elle limite d'ailleurs les enfants dans leur quête individuelle de construction de soi. Plutôt que de traiter les enfants en tant que tels, nous agissons différemment si elles sont des filles ou s'ils sont des garçons. En réfléchissant sur nos comportements stéréotypés, il devient possible de corriger certaines situations et d'aider les enfants à s'épanouir pleinement et à intégrer des valeurs d'égalité entre les sexes.

Saviez-vous que?

Encore aujourd'hui, plusieurs personnes croient à tort que les stéréotypes associés aux filles et aux garçons sont des traits présents dès la naissance.

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Attention portée à l'apparence physique

Par plusieurs gestes involontaires, nous accordons généralement une trop forte attention à l'apparence physique, tant pour nous-même que pour les enfants. Les qualificatifs utilisés pour aborder les enfants sont la plupart du temps différents selon le sexe et font souvent référence à l'apparence physique. Par exemple, nous disons aux petites filles qu'elles sont belles et aux petits garçons qu'ils ont l'air forts.

Il semble d'ailleurs que l'attention portée à l'apparence physique est encore plus importante à l'égard des filles : nous nous attardons davantage à leur tenue vestimentaire et à leur coiffure, par exemple. Ce phénomène se traduit dans les conversations entre adultes et les félicitations adressées aux enfants, mais aussi dans les pratiques concrètes et les soins corporels qui leur sont prodigués.

Les femmes sont soumises à une profonde pression exercée par la publicité, la télévision, le cinéma et les nouveaux médias pour qu'elles soient sexuellement attirantes et actives.
- HabiloMédias

À force de répétitions, cette valorisation du paraître chez les filles va influencer le rapport qu'elles entretiennent avec leur corps et les amener à se définir en fonction du regard des autres. D'ailleurs, plusieurs jouets destinés aux filles les incitent déjà fortement à consacrer une attention particulière à leur apparence physique : les trousses de maquillage, les accessoires de coiffure et de manucure, les jeux d'habillage, etc.

En plus, la beauté constitue la valeur première et commune à l'ensemble des figures de princesses. Non seulement les princesses sont inévitablement belles, mais leur valeur comme leur réussite dépendent toujours étroitement de cette qualité. Or, ces jouets sont souvent valorisés par les adultes auprès des fillettes. Les filles apprennent ainsi très tôt à miser sur leur apparence. Au fil du temps et en vieillissant, cela peut devenir obsessionnel au point de mettre en danger leur santé physique et psychologique.

En tant que membre du personnel des services de garde éducatifs, vous êtes un modèle significatif pour les enfants. Les commentaires que vous faites, les soins que vous leur donnez et les activités que vous leur proposez sont autant de possibilités pour les enfants d'attacher une attention démesurée à leur apparence physique. Dire qu'il est important de prendre soin de son corps pour être en santé et attirer l'attention des enfants vers de saines habitudes de vie, comme l'hygiène, l'alimentation et l'activité physique, sera bien plus utile que de leur montrer comment prendre soin de leur apparence physique.

Saviez-vous que?

Les images des corps féminin et masculin répandues dans les médias ne sont pas sans conséquences. Plusieurs problèmes psychologiques et physiologiques sont liés à l'image corporelle négative que les personnes, jeunes et moins jeunes, entretiennent trop souvent à l'égard de leur corps.

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Qualificatifs

Nous avons généralement toutes et tous tendance à avoir recours à des qualificatifs dans nos interactions avec les enfants, en les appelant, par exemple, les filles, les gars, ta copine, ton copain, ton amoureux, ma petite princesse, mon grand, etc. De même, nous avons aussi pour réflexe de féminiser et de masculiniser des jouets, des couleurs, des attitudes, des qualités : les jouets roses sont pour les filles, les superhéros pour les garçons; les filles sont douces et délicates, les garçons sont forts et brusques.

Nos manières d'interagir avec les enfants, de les interpeller, et notre habitude de faire une distinction entre les conduites « pour filles » et celles « pour garçons » contribuent à influencer l'image que les enfants se font d'eux-mêmes, d'elles-mêmes et des autres ainsi que leurs rapports aux autres.

Ainsi, lorsque l'enfant adopte pour la première fois un comportement qu'il a observé autour de lui, son entourage renforcera positivement ou négativement ce comportement. Par exemple, lorsqu'un garçon s'empare d'un ballon pour taper dedans, il sera probablement encouragé dans son action. À l'inverse, s'il se met du rouge sur les lèvres, il récoltera certainement une désapprobation. Il intégrera ainsi que certaines activités ne lui sont pas destinées.
- Véronique Ducret et Véronique Le Roy. (2012). La poupée de Timothée et le camion de Lison, Guide d'observation des comportements des professionnel-le-s de la petite enfance envers les filles et les garçons, Suisse, Centre suisse de compétence pour les droits humains, p. 9.

Même avec les meilleures intentions, les qualificatifs, souvent employés pour témoigner de l'affection aux enfants ou pour les valoriser, ont des effets pervers. Ils encouragent les enfants à se conformer aux stéréotypes sexuels, à adopter les comportements qui leur permettront d'acquérir les qualités associées à leur sexe.

Au détriment même de leurs aspirations, les filles et les garçons sont quelquefois découragés d'afficher certaines conduites, sous prétexte que celles-ci sont associées à des agissements « de garçons » ou « de filles ». Ainsi, chaque fois que nous donnons un sexe aux choses, nous énonçons des prescriptions et des interdictions auxquelles les enfants vont souvent se conformer pour tenter de répondre aux modèles stéréotypés de la féminité et de la masculinité.

Date de mise à jour : 06 juillet 2017

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