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Sans stéréotypes

Les choix scolaires et professionnels

Comme vous êtes des agents-es de socialisation importants-es pour les enfants et les jeunes, il importe de réfléchir à vos propres perceptions à l'égard des stéréotypes sexuels et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Mieux connaître certaines réalités au regard des stéréotypes sexuels et de leurs effets pourrait favoriser un ajustement de vos interventions.

« Métiers de femmes » et « métiers d'hommes »

Les enfants font rapidement une distinction entre les métiers dont certains seraient attribués davantage aux femmes et d'autres aux hommes, comme s'il y avait des «métiers féminins» et des «métiers masculins». Les jouets, les livres, les jeux de rôles qu'on propose aux enfants influencent la façon dont elles et ils perçoivent le marché du travail. Vous avez un rôle important à jouer pour aider les enfants à ne pas s'imposer de limites dans leurs choix scolaires et professionnels et ainsi contribuer à ce qu'elles et ils s'accomplissent dans leurs propres champs d'intérêts.

Actuellement au Québec, la majorité des métiers et professions est caractérisée par des proportions importantes de femmes ou d'hommes selon le secteur d'emploi. De plus, une majorité de femmes se retrouve dans un nombre plus limité de professions par rapport aux hommes. Toutefois, même si les hommes font des choix plus variés, ils sont plus souvent qu'autrement tout aussi sexuellement déterminés.

En formation professionnelle au secondaire (DEP), 84 % des femmes étudient dans seulement 4 secteurs sur une possibilité de 21 : Administration, commerce et informatique / Santé / Soins esthétiques / Alimentation et tourisme.

Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). La formation professionnelle et technique au Québec : un aperçu, version 2010, p. 15

Les femmes forment une majorité parmi les membres du personnel de secrétariat, en travail de bureau, en sciences infirmières, en enseignement, en soutien familial et en garde d'enfants. Les hommes se retrouvent surtout comme cadres supérieurs, en génie, en informatique et dans les différents métiers comme : plombier/plombière, électricien/électricienne, menuisier/menuisière.

La figure suivante montre bien la polarisation de certaines professions : certains secteurs comme la santé, les sciences sociales et l'enseignement, l'administration et la vente, et le service sont nettement plus féminins alors que d'autres comme les métiers, le transport et la machinerie, les sciences naturelles et appliquées et la gestion sont davantage masculins.


Légende: Répartition en pourcentage des hommes et des femmes âgés de 15 ans et plus dans les grandes catégories professionnelles, 2013

Source : Statistique Canada. (2013). Enquête sur la population active, adapté par l'Institut de la statistique du Québec.

Malheureusement, les professions dites féminines sont généralement moins bien reconnues et, bien qu'elles comportent souvent un haut niveau de compétences et de défis, elles demeurent souvent moins bien rémunérées que les professions dites masculines.

Un ensemble de facteurs explique la réalité du marché de l'emploi au Québec : la socialisation, les traditions, les stéréotypes sexuels, les attitudes et les aptitudes des individus, la présence d'un tel et tel autre métier dans la famille et les alentours, etc.

Bien que les choix de carrière se dessinent vers l'âge de 15 ans, c'est dès la petite enfance que les enfants doivent explorer les métiers et les professions afin d'être face à un large choix au moment venu de choisir. Tous les acteurs du milieu scolaire ont donc un rôle important à jouer dans la façon dont les enfants percevront les métiers et professions en général ainsi que dans l'abolition des limites qu'elles et ils pourraient s'imposer en matière de choix scolaires et professionnels.

Les jeunes entretiennent des stéréotypes tenaces à l'égard des emplois qui sont appropriés pour les femmes et de ceux qui le sont pour les hommes. Et ces stéréotypes sont déjà présents chez les enfants en très bas âge, relayés et renforcés par la famille, les médias, l'environnement social en général et le milieu scolaire en particulier.

Vincent, 2011, p. 4

La socialisation

C'est par la socialisation que les enfants entrent en contact avec la culture de leur milieu, assimilent les normes, les valeurs et les savoirs qui leur permettent de vivre en société et de construire leur identité sociale. Cette socialisation n'est jamais neutre, mais plutôt empreinte de stéréotypes sexuels : c'est alors qu'on parle de socialisation différenciée.

La socialisation est un processus par lequel une personne apprend les manières de faire, d'agir, de penser et de dire de sa société.

Francine Descarries, PP

Une socialisation différenciée, qu'elle soit le fait de parents, de membres du personnel des services de garde éducatifs à l'enfance ou encore ceux des écoles, impose à un sexe ou à l'autre certaines responsabilités et certains rôles, comme si le sexe était une compétence. Par exemple, une fille peut sentir, plus qu'un garçon, que la responsabilité de nettoyer après un laboratoire lui revient davantage, même si aucune directive n'a été donnée par l'enseignant-e à cet effet.

Comme membres du personnel dans le milieu scolaire, il est primordial de s'arrêter et de réfléchir à ce que l'on exige intentionnellement ou inconsciemment des enfants et des jeunes, et si on fait une distinction entre ce qu'une fille devrait faire en comparaison à ce qu'un garçon devrait faire.

Selon une recherche québécoise, il semblerait que ce sont les parents et les adultes qui achètent aux enfants des jouets selon les stéréotypes associés à leur sexe. Ce ne sont donc pas les enfants qui choisissent naturellement ces jouets, mais plutôt les adultes qui les guident inconsciemment vers des choix stéréotypés.

CSF, 2013

Les activités pédagogiques que vous proposez à aux enfants et aux jeunes, les médias, les pairs, les lieux de socialisation, les interventions éducatives, sont souvent différents pour les filles et les garçons. Tous ces éléments de socialisation encouragent ainsi la transmission des différences socialement construites entre les sexes. Par ces choix, on dirige les filles, sans même le vouloir, vers les intérêts supposément féminins, comme les tâches ménagères, le rangement, les soins aux enfants, et les garçons vers des intérêts masculins, par exemple l'exploration, le travail et l'utilisation de l'espace. En bas âge, cette socialisation différenciée ne permet pas aux enfants de développer toutes les compétences nécessaires à leur réussite scolaire.

L'adhésion aux stéréotypes sexuels semble d'ailleurs être une menace à la réussite scolaire des filles et des garçons. En effet, Bouchard et St-Amant (1994) ont démontré que le degré d'adhésion aux stéréotypes sexuels est plus important chez les jeunes :

  1. provenant de milieux défavorisés;
  2. dont les parents sont moins scolarisés;
  3. ayant de faibles résultats scolaires.

Des différences construites de toute pièce

Plusieurs personnes croient que les différences de comportements entre les filles et les garçons sont biologiques, c'est-à-dire innées plutôt que socialement construites. Pourtant, les attitudes, les comportements et les prédispositions stéréotypés sont fondamentalement construits. L'identité sociale d'une personne est effectivement construite selon la culture, la société dans laquelle elle vit ainsi qu'en fonction de l'éducation reçue.

Saviez-vous que?

L'identité de genre, c'est le sentiment profond et intérieur d'être un homme ou une femme. Ce sentiment n'est pas directement lié aux intérêts pour les jeux, les vêtements et les modèles qui sont typiquement associés à son sexe.

En savoir plus

En ce qui concerne les différences entre les sexes, de nombreux scientifiques s'entendent pour dire que seuls les résultats obtenus aux tests de perception spatiale (mieux réussis chez les hommes) et ceux du langage (mieux réussis chez les femmes) peuvent être considérés. Aucune autre différence de compétence ne peut être associée biologiquement à un sexe.

Ce résultat est d'ailleurs discutable. En effet, des expériences qui consistaient à proposer aux filles de jouer avec des jeux vidéos et des jeux de construction alors qu'on proposait aux garçons des jeux de rôles et des poupées, ont contredit cette différence entre les sexes. Lors de ces expériences, il a été observé que, en choisissant ces nouvelles activités, les filles et les garçons acquéraient de nouvelles compétences qui sont généralement associées au sexe opposé.

Les différences entre filles et garçons, et entre hommes et femmes, ne seraient donc pas liées au sexe, mais plutôt à une éducation distincte. Pendant que les garçons jouent davantage aux jeux vidéo, aux cubes et à des jeux de construction, les filles elles, jouent plus souvent à des jeux de rôles et à la poupée. Les enfants font ces choix parce qu'elles et ils y sont socialement encouragés, même si on pourrait avoir une fausse impression qu'elles et ils le font par choix conscient et éclairé.

Les choix de domaines d'études sont aussi influencés par des facteurs culturels et des normes sociales. La motivation, l'intérêt pour la matière et la croyance en ses capacités académiques influenceraient également ces choix et tous ces facteurs seraient bien différents chez les filles et les garçons.

Estime de soi et confiance

La confiance des enfants et des jeunes en leurs capacités, pour exercer un métier, est un enjeu important et déterminant pour leurs choix scolaires et professionnels. Les enfants ont tendance à prendre intérêt à des activités qu'elles et ils connaissent et dans lesquelles elles et ils se sentent compétents. Il est donc primordial d'élargir l'ensemble des activités qui sont offertes aux garçons et aux filles. Demeurez ouverts et poussez même vers de nouvelles options quant aux interventions psychosociales et aux activités pédagogiques ou parascolaires.

Pour les jeunes femmes, la confiance en sa capacité de réussir a préséance sur les intérêts vocationnels alors que c'est l'inverse pour les hommes. De plus, par rapport aux métiers non traditionnels, les jeunes femmes entretiennent souvent de faibles attentes d'efficacité. Par exemple, comme elles ne croient pas qu'elles pourraient réussir comme électricienne, elles ne se dirigent que très peu vers ce métier.

Sur 520 professions répertoriées au Québec, 269 sont très peu connues des filles et moins du tiers des filles occupent l'une ou l'autre de ces professions.

CSF, 2013

En donnant accès à divers modèles professionnels, vous permettez aux enfants et aux jeunes de se projeter dans ces métiers et professions, de croire que tout est possible et accessible, tout en respectant bien entendu leurs intérêts et compétences, mais en les diversifiant également.

Motivation et réussite scolaires

À l'école, les différences de compétences et d'intérêts des filles et des garçons pour certaines matières semblent aller de soi : les filles excellent en français alors que les garçons brillent en mathématiques.

Tout porte à croire que c'est naturel. Or, cette division s'explique plutôt par les attentes spécifiques nourries à l'égard des filles et des garçons. De manière générale, on s'attendra à ce que :

  • une fille soit meilleure qu'un garçon en français ;
  • un garçon soit meilleur qu'une fille en mathématiques.

Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que les stéréotypes qui veulent que les garçons soient supposément plus rationnels, cartésiens, donc plus doués que les filles en sciences et que celles-ci soient plus émotives, plus créatives et donc supérieures aux garçons en art ou en littérature sont très persistants.

En vertu de ces croyances, certains agents du milieu scolaire auront tendance à trouver plus « normal » qu'une fille éprouve des difficultés en mathématiques et l'inciteront éventuellement à se diriger vers une carrière non scientifique. C'est la même chose pour les garçons avec la grammaire. Il ne faut toutefois pas négliger l'impact du manque de confiance en soi : le fait de penser que nous sommes « naturellement » moins aptes à faire quelque chose peut nous décourager de persévérer lorsque nous rencontrons des obstacles.

Affirmer que « les filles sont moins douées pour les maths » nuit donc au développement de leurs compétences et de leur intérêt pour cette matière. En développant des compétences différentes en fonction de leur sexe, les filles et les garçons présentent actuellement des difficultés différentes au niveau scolaire.

Plusieurs garçons ont plus de difficulté en français puisqu'ils considèrent que cette matière est une affaire de filles. Il devient donc essentiel de valoriser l'apprentissage du français et la lecture chez les garçons. De leur côté, les filles se font plus souvent dire qu'elles n'ont pas les dispositions naturelles pour les mathématiques. Elles présentent donc un sentiment de compétence plus faible et une plus forte anxiété pour cette matière que les garçons. Ainsi, il est recommandé d'encourager plus fortement les filles dans ce domaine.

En donnant accès aux enfants et aux adolescents à divers modèles professionnels, on leur permet de se projeter dans des métiers et professions variés, de croire que tout est possible et accessible, tout en respectant bien entendu les intérêts et compétences individuels, mais en les diversifiant également.

TCLCF, Égalité et diversité : zéro cliché!

Ceci étant dit, il est important de personnaliser l'approche ou le mode d'éducation selon la personnalité des jeunes, leurs forces et leurs ressources personnelles. Il faut valoriser filles et garçons dans les matières où ils sont doués, sans laisser les stéréotypes sexuels les limiter ou guider leurs choix.

La confiance des enfants et des jeunes en leurs capacités est un enjeu important et déterminant pour leur réussite scolaire. Les enfants et les jeunes ont effectivement tendance à prendre intérêt à des activités qu'elles et ils connaissent et dans lesquelles elles et ils ont un sentiment de compétence.

Conseils pratique : Vous comme agent-e de changement

À titre de membres du personnel scolaire, vous avez un rôle important à jouer dans la lutte pour l'égalité entre les sexes, et par conséquent la lutte aux stéréotypes sexuels. Pour les jeunes, vous êtes également des modèles importants et possédez des connaissances fines du développement des enfants et des adolescentes et adolescents. Vous occupez un espace privilégié pour faire la différence tout en sachant que l'école n'est pas le seul lieu de socialisation et d'influence.
 
Vous engager dans la promotion de rapports égalitaires à l'école et soutenir les jeunes dans le choix d'une profession peut se réaliser de plusieurs façons dont :

  • Évitez les stéréotypes lors de situations d'apprentissage et d'évaluation (SAÉ) et d'exercices;
  • Proposez des activités diversifiées et mixtes;
  • Travaillez sur la représentation des métiers en favorisant une diversité et un accès pour toutes et tous sans égard au sexe;
  • Encouragez les enfants et les jeunes à critiquer les stéréotypes sexuels;
  • Proposez des modèles de femmes et d'hommes dans des métiers non traditionnels (ex. : une femme pompier, un homme infirmier);
  • Féminisez les textes et expressions pour que toutes et tous se sentent incluses et inclus;
  • Valorisez toutes les formes d'emploi, elles sont toutes importantes pour la société;

Faites la promotion de l'événement annuel Les filles et les sciences : un duo électrisant!

Date de mise à jour : 07 juillet 2017

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